Marilyn Monroe, bien plus qu’un simple « sex symbol », fut une femme complexe, tiraillée entre son ambition artistique et les attentes d’une industrie qui voyait en elle un objet de désir bien avant de reconnaître son talent. Son parcours reflète celui de nombreuses femmes de son époque et d’aujourd’hui : un combat permanent pour exister au-delà des clichés et des violences qui leur sont imposées.
Le poids des attentes : une icône malgré elle
Après une enfance tragique et tourmentée, entre un père absent, une mère malade et les déménagements de familles d’accueil en familles d’accueil, Maryline, qui s’appelait Norma Jeane, fait ses débuts en tant que mannequin après avoir été repérée lors d’un reportage sur l’effort de guerre des femmes lorsqu’elle travaillait à l’usine. Très rapidement, elle poursuit sa carrière au grand écran. Dès ses débuts à Hollywood, Marilyn Monroe fut enfermée dans un rôle qu’elle n’avait pas choisi, celui de la “blonde” superficielle et souvent stupide. Les studios, les médias et même le public ont façonné d’elle une figure fantasmatique, réduisant souvent son identité à son apparence et faisant d’elle un objet de désir. Pourtant, derrière les robes moulantes et les sourires enjôleurs se cachait une actrice exigeante, avide de rôles profonds et nuancés. Elle étudia la comédie avec Lee Strasberg, co-fonda sa propre maison de production pour échapper aux contrats contraignants, et lutta pour obtenir des rôles qui lui permettraient de prouver son talent. Les Désaxés (1961), son dernier film, en est l’exemple le plus poignant : une œuvre sombre, loin des comédies légères qui l’avaient rendue célèbre, où elle incarne une femme brisée par la vie. Mais Hollywood n’était pas prêt à accepter cette Marilyn-là. Les critiques furent mitigées, et le film, un échec commercial. Comme si le public, habitué à voir en elle une icône de légèreté, refusait de la voir sous un autre jour. Cette contradiction entre ce qu’elle était et ce qu’on attendait d’elle est au cœur de sa tragédie et de son histoire.
La mort et l’éternel spectacle
La fin de Marilyn Monroe, aussi mystérieuse qu’elle fut brutale, a scellé son destin de légende. Les théories sur sa mort – suicide, meurtre, complot – ont alimenté les fantasmes, transformant sa disparition en un ultime acte de spectacle. Même dans la mort, elle n’a pas échappé à l’exploitation : son image a continué d’être vendue, son nom utilisé pour attirer les foules, et son corps est devenu l’objet d’une macabre anecdote. Joe DiMaggio, son ex-mari, aurait effectivement payé pour que sa tombe soit placée au-dessus de la sienne, afin de « veiller sur elle pour l’éternité ». Un geste romantique pour certains, une ultime possession pour d’autres, qui démontre de l’emprise des hommes sur sa vie et sur son corps, même lors de son repos éternel .
Marilyn, miroir de son époque et des nôtres
Aujourd’hui, Marilyn Monroe reste une figure ambivalente. D’un côté, elle incarne l’émancipation : une femme qui a osé prendre son destin en main, défier les conventions et revendiquer son indépendance. De l’autre, elle symbolise l’oppression d’une industrie qui a fait d’elle un produit, un objet de consommation. Son histoire résonne avec les débats contemporains sur le féminisme, le consentement et la pression médiatique. Elle rappelle que derrière chaque icône se cache une personne, avec ses rêves, ses peurs et ses combats.
Une légende à réinventer
Marilyn Monroe n’était ni une victime ni une héroïne parfaite. Elle était une femme, avec ses forces et ses faiblesses, qui a tenté de naviguer dans un monde qui lui dictait sans cesse qui elle devait être. Son héritage ne devrait pas se limiter à ses amours ou à sa mort, mais célébrer sa résilience, son audace et son désir de se réinventer.
Peut-être est-il temps de regarder Marilyn Monroe autrement : non pas comme un symbole figé dans le temps, mais comme une artiste en perpétuelle quête de liberté. Une liberté qu’elle n’a jamais pleinement obtenue de son vivant, mais qui, aujourd’hui, pourrait enfin lui être rendue.
